
Il y a eu Millenium et Wallander, et le roman policier scandinave s'est imposé comme un genre littéraire à part entière. Depuis, des générations de policiers nordiques trainent leurs angoisses existentielles le long de fjords glacés et piquetés de petites maisons rouges, avec un temps à plomber l'ambiance de toutes les fêtes de la Saint-Jean de la création. Fêtes avinées pendant lesquelles la tradition veut qu'un adolescent se fasse sauvagement trucider… Ce qui plonge chaque fois le policier nordique de service dans des abimes de perplexité. Skol !
... Mais ce n'est pas le cas de ce bon petit polar. D'abord parce que l'un des policiers est une femme, française, et puis Saint-Jean est lui aussi remplacé par une consœur, Sainte-Lucie, femme rebelle et lumineuse. Le tout en gardant une mécanique bien huilée, un premier chapitre uppercut, une intrigue très prenante, du rythme, une belle plume et un style ultra-efficace. Du grand art, et j'ai eu beaucoup de plaisir à dévorer ce petit livre.
Il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de la testostérone.
Cerise sur la tourte aux rollmops, il y a plusieurs lectures possibles : derrière le polar il y a aussi une vraie réflexion sur des sujets comme le deuil et la masculinité toxique, et une très fine analyse de la psychologie des personnages, un duo de commissaires vivant chacun une douloureuse séparation. Encore un petit bijou, qui va te faire trembler et réfléchir. Nuit blanche garantie.